Carpe Diem VS Insta Moment

Si notre cerveau pouvait être une chambre noire et si une fonction flash était intégrée à nos pupilles, nous serions une bien drôle d’espèce … Pourtant, la mutation s’opère.

Il m’a suffit de prendre un bain de culture pour me souvenir que l’espèce humaine prenait un nouveau tournant. Alors que je déambulais dans les salles du Grand Palais à l’occasion de l’expo Jean-Paul Gaultier, quelle n’a pas été ma surprise (avant le « ah oui, c’est vrai j’avais oublié »), de voir une horde de visiteurs armés jusqu’aux dents de smartphones et autres appareils à téléobjectif mitraillant consciencieusement chaque création du couturier.
Y a cinq ans, tout ce monde aurait été freiné net par des vigiles, prendre une photo était un crime de lèse-majesté, vous m’comprenez. Maintenant les gens sont encouragés à poster leurs clichés sur Instagram, accompagnés d’un hashtag prônant le moutonnisme.

« J’y étais ». Oui, moi aussi, et j’ai pas dégainé mon téléphone plus vite qu’un revolver pour ça. Au simple niveau comportemental, je trouve ça agaçant. Avant, il y avait toujours un malpoli pour se mettre devant le tableau que tu étais en train de regarder. Maintenant, on a des bras d’aliénés du smartphone qui se collent sous notre pif pour prendre en photo les tenues de concert de Mylène Farmer.
Vous y étiez, certes. Mais est-ce que vous l’avez vue, cette expo, et toutes les autres ? C’est interactif d’avoir un mannequin sur lequel on projette un hologramme du visage de JPG (qui vous cause, par dessus le marché), mais est-ce que ça vaut vraiment la peine de mettre un écran entre vous et l’expérience que vous êtes en train de vivre ? Connectés à votre téléphone, certainement, mais déconnectés du moment présent également.

Billets de So : Carpe Diem Insta Moment

On me dira que c’est pour des souvenirs, mais à moins qu’on me cache que l’espèce humaine est intégralement atteinte d’Alzheimer, quel est ce besoin, qui semble vital, de photographier chaque oeuvre et sa légende (et c’est pas comme ça qu’on combattra l’arrivée de la sénilité) ?

On me dira également : mais tu te prends pour qui ? Genre tu fais pas pareil ? Je suis sur Instagram et sur Flickr, mais pour de la photo, pas pour du snapshot fever. Evidemment, j’ai déjà filmé la moitié d’un concert pour en garder trace, mais ça m’avait tellement explosé les bras et le son était tellement mauvais qu’on ne m’y a plus reprise (et du coup j’avais plus trop de souvenirs du « vrai » concert, bien ouej).

On ne vit plus de la même manière, on est beaucoup plus dépendants de ce partage d’instants, du regard de l’autre sur notre existence, et cela nous préoccupe quasiment plus que notre propre expérience. Cette constatation s’étend bien au-delà des paparazzi de musée. Cherchez parmi les « daily vlogs » de youtubeurs, le merveilleux monde de Facebook, par exemple. Où commence la vie privée et le personnel ?

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4 réflexions sur “Carpe Diem VS Insta Moment

  1. Pingback: L’hyper connection, fléau de notre présent ? | Billets de So

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